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Risques & conformité

Bénéficiaire Effectif au Maroc : Identifier, Vérifier et Conserver

Par Rédaction KaperX7 min de lecture

Ce que dit la loi

La loi 43-05, modifiée par la loi n° 12-18, définit trois notions à l'article 1er : la relation d'affaires, le bénéficiaire effectif et la construction juridique. Le bénéficiaire effectif est la personne physique qui, en dernier lieu :

  • possède ou contrôle le client ;
  • ou pour le compte de laquelle une opération est réalisée ;
  • y compris lorsque cette détention ou ce contrôle passe par une chaîne de sociétés ou de constructions juridiques.

Deux conséquences pratiques en découlent. Une société n'est jamais un bénéficiaire effectif : l'analyse remonte toujours jusqu'à une ou plusieurs personnes physiques. Et la définition légale ne contient aucun seuil : c'est la réalité de la détention ou du contrôle qui compte.

L'article 4 impose ensuite d'identifier le bénéficiaire effectif et de vérifier son identité. Le guide sur les obligations LBC/FT des professions non financières précise quels dossiers d'un cabinet entrent dans ce périmètre.

Le seuil de 25 % vient du décret, pas de la loi

Le décret n° 2-21-708, publié au Bulletin officiel n° 7024 du 23 septembre 2021, précise les critères. Est notamment considérée comme bénéficiaire effectif la personne qui détient, directement ou indirectement, 25 % ou plus du capital ou des droits de vote.

Ce seuil est un repère, pas une limite. La définition légale vise aussi le contrôle par d'autres moyens : un pacte d'associés qui donne un droit de veto, un pouvoir de nommer la majorité des dirigeants, un financement qui conditionne les décisions, un prête-nom. Si l'analyse révèle un tel contrôle, la personne concernée doit être identifiée même avec 10 % du capital.

Lorsqu'aucune personne ne peut être identifiée par la détention ou le contrôle, les standards du GAFI prévoient de retenir, en dernier recours, la personne qui exerce la direction effective de l'entité. Vérifiez dans le texte du décret comment cette règle est reprise avant de l'appliquer, et documentez toujours les démarches qui ont précédé ce choix.

Le registre public des bénéficiaires effectifs

ÉlémentCe qu'il faut savoir
Base légaleArticle 13-3 de la loi 43-05 : registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales constituées au Maroc et des constructions juridiques
ModalitésDécret n° 2-21-708 (BO n° 7024 du 23 septembre 2021)
TenueOMPIC, en vertu d'une convention avec le ministère de l'Économie et des Finances et le ministère de l'Industrie et du Commerce
AccèsPortail rbe.ompic.ma, sur formulaire de demande
Avis CNDPDélibération D-181-2021 du 2 septembre 2021 : avis favorable sur le projet de décret, assorti d'observations

Selon les informations publiées lors de sa mise en place, les sociétés doivent déclarer leurs bénéficiaires effectifs dans le mois qui suit leur immatriculation ou tout changement, les entités existantes ayant disposé de trois mois. La presse a fait état d'amendes de 5 000 à 50 000 DH pour défaut de déclaration et de 10 000 à 100 000 DH pour information fausse ou non mise à jour.

Vérifier : la démarche en six étapes

  1. Obtenir la structure de détention auprès du client, sous forme d'organigramme signé jusqu'aux personnes physiques.
  2. Rapprocher cette déclaration des documents sociaux : statuts à jour, extrait récent du registre du commerce, registre ou état des associés.
  3. Consulter le registre des bénéficiaires effectifs et noter toute divergence.
  4. Rechercher les autres formes de contrôle : pactes, procurations, pouvoirs de nomination, financements.
  5. Vérifier l'identité de chaque bénéficiaire effectif sur un document officiel, et contrôler s'il s'agit d'une personne politiquement exposée.
  6. Consigner l'analyse : sources consultées, divergences, conclusion, date et auteur.

Si une étape ne peut pas aboutir, l'article 4 impose de refuser ou de rompre la relation et d'envisager une déclaration de soupçon.

Quels documents demander ?

Type de clientDocuments usuels
SARL ou SA marocaineStatuts à jour, extrait récent du registre du commerce, répartition du capital, décision de nomination des dirigeants, pièce d'identité des bénéficiaires effectifs
Holding ou groupeOrganigramme jusqu'aux personnes physiques, statuts et répartition du capital de chaque niveau, pactes d'associés le cas échéant
Société étrangèreExtrait du registre étranger, statuts, documents de détention de chaque niveau, avec traduction si nécessaire
Construction juridique (trust, fiducie ou équivalent)Acte constitutif, identité du constituant, des administrateurs, des bénéficiaires et de toute personne exerçant un contrôle

Ne demandez que ce qui sert l'identification et la vérification. Le guide KYC et loi 09-08 explique comment concilier cette collecte avec la protection des données.

Quatre cas pratiques

Une SARL à deux associés

Deux associés à 60 % et 40 % : les deux dépassent 25 % et sont bénéficiaires effectifs. Si le gérant non associé décide seul de tout en vertu d'un mandat très large, l'analyse doit le mentionner et apprécier s'il exerce un contrôle.

Une holding à plusieurs niveaux

Une société cliente détenue à 100 % par une holding, elle-même détenue par quatre personnes à 25 % chacune : les quatre sont bénéficiaires effectifs par détention indirecte. En pratique, la détention indirecte s'apprécie souvent en multipliant les pourcentages à chaque niveau ; vérifiez la méthode retenue par le décret n° 2-21-708 et tenez compte du contrôle exercé via une participation majoritaire intermédiaire.

Une construction juridique

Le trust relève surtout de droits étrangers, mais la loi 43-05 vise expressément les constructions juridiques et des clients non résidents peuvent en utiliser. Il faut identifier chaque personne qui y joue un rôle de constitution, d'administration, de bénéfice ou de contrôle.

Une société étrangère

Le registre OMPIC ne couvre que les entités constituées au Maroc et les constructions juridiques. Pour une société étrangère, les sources sont les registres de son pays et les documents fournis. Un pays à risque élevé appelle une vigilance renforcée, selon votre approche par les risques.

Conserver et mettre à jour

L'article 7 de la loi 43-05 impose de conserver dix ans les documents d'identification du client et du bénéficiaire effectif, à compter de la fin de la relation. L'article 4 exige de tenir ces données à jour : un changement d'associé, une augmentation de capital ou un nouveau dirigeant doivent déclencher une nouvelle analyse.

Checklist

  • La procédure écrite cite la définition de l'article 1er et le seuil du décret.
  • Chaque dossier contient un organigramme jusqu'aux personnes physiques.
  • Le registre OMPIC a été consulté et les divergences sont tracées.
  • Le contrôle par d'autres moyens a été recherché.
  • Le statut de personne politiquement exposée a été vérifié.
  • La date de prochaine mise à jour est fixée.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un bénéficiaire effectif selon la loi marocaine ?

L'article 1er de la loi 43-05 le définit comme la personne physique qui, en dernier lieu, possède ou contrôle le client, ou pour le compte de laquelle une opération est réalisée, y compris à travers une chaîne de détention ou de contrôle. La loi elle-même ne fixe pas de pourcentage.

D'où vient le seuil de 25 % ?

Il est fixé par le décret n° 2-21-708, publié au Bulletin officiel n° 7024 du 23 septembre 2021. Est notamment visée la personne qui détient, directement ou indirectement, 25 % ou plus du capital ou des droits de vote. Ce seuil n'épuise pas l'analyse : une personne peut contrôler une société sans atteindre ce pourcentage.

Où consulter le registre des bénéficiaires effectifs ?

Le registre public prévu par l'article 13-3 de la loi 43-05 est tenu par l'OMPIC, en vertu d'une convention avec les ministères des Finances et du Commerce. L'accès se fait via le portail rbe.ompic.ma au moyen d'un formulaire de demande.

Le registre OMPIC suffit-il pour vérifier un bénéficiaire effectif ?

Non. L'article 4 de la loi 43-05 impose au professionnel d'identifier et de vérifier lui-même le bénéficiaire effectif. Le registre est une source utile, mais il doit être croisé avec les statuts, la répartition du capital et les déclarations du client. Une divergence doit être analysée et documentée.

Que faire si le client refuse de révéler son bénéficiaire effectif ?

Si la vigilance ne peut pas être menée à bien, l'article 4 impose de ne pas nouer la relation ou d'y mettre fin, et d'envisager une déclaration de soupçon à l'ANRF. Il est recommandé de consigner le refus et la décision prise au dossier.

Information générale, pas un avis juridique.

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Références (5)