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Gouvernance de l'IA

Chatbots et Voicebots : l'Obligation d'Informer le Client qu'il Parle à une IA

Par Rédaction KaperX7 min de lecture

Ce que dit l'article 50, paragraphe par paragraphe

L'article 50 du règlement (UE) 2024/1689 regroupe plusieurs obligations de transparence. Toutes ne visent pas le même acteur, et toutes ne concernent pas un centre de relation client de la même façon.

ParagrapheQui est viséCe qui est exigéExemple en centre d'appels
50(1)FournisseurConcevoir le système pour que la personne sache qu'elle échange avec une IA, sauf si c'est évidentChatbot de site, voicebot du serveur vocal, agent IA sortant
50(2)Fournisseur d'IA générativeMarquer les contenus audio, image, vidéo et texte synthétiques de façon lisible par machineVoix de synthèse, messages vocaux générés
50(3)DéployeurInformer les personnes exposées à la reconnaissance des émotions ou à la catégorisation biométriqueAnalyse du ton de voix des clients
50(4)DéployeurSignaler les hypertrucages et certains textes générés publiés pour informer le publicVoix imitant une personne réelle
50(5)TousInformation claire, distincte, au plus tard au premier contact, conforme aux exigences d'accessibilitéMessage d'accueil, bandeau de chat

L'article 50 s'applique depuis le 2 août 2026. Le « Digital Omnibus sur l'IA » (règlement (UE) 2026/1744) ne l'a pas reporté. Seul le marquage de l'article 50(2) bénéficie d'un délai jusqu'au 2 décembre 2026 pour les systèmes génératifs mis sur le marché avant le 2 août 2026. Le contexte général du règlement pour le secteur est présenté dans notre guide sur l'AI Act et les BPO marocains.

Qui doit informer : l'éditeur, le client ou le centre ?

Juridiquement, l'article 50(1) pèse sur le fournisseur, c'est-à-dire celui qui développe le système et le met sur le marché sous son nom. Dans la pratique, c'est souvent le centre d'appels qui paramètre le message d'accueil, le script du voicebot ou le bandeau du chat. Trois cas reviennent :

  • Le centre a développé son propre voicebot et le propose à ses donneurs d'ordre : il est fournisseur et porte directement l'obligation.
  • Le centre utilise l'outil d'un éditeur : l'éditeur doit rendre l'information possible, mais le centre doit s'assurer qu'elle n'a pas été désactivée ou noyée dans un paramétrage.
  • Le client européen impose son propre chatbot : le centre opère pour son compte et doit signaler toute configuration qui supprimerait l'information.

La qualification exacte dépend des faits ; notre guide sur le rôle de fournisseur ou de déployeur détaille la méthode. Dans tous les cas, le contrat doit dire qui rédige, valide et conserve le texte d'information.

Quand l'exception « c'est évident » ne joue pas

L'obligation tombe si une personne raisonnablement informée et attentive comprend d'elle-même qu'elle échange avec une IA. La Commission demande de lire cette exception de façon restrictive. En centre de relation client, elle ne joue presque jamais :

  • les voix de synthèse actuelles sont proches d'une voix humaine ;
  • un prénom donné au bot (« Sarah ») suggère au contraire un humain ;
  • un client stressé par une panne ou un litige ne prête pas attention aux indices ;
  • l'échange peut basculer entre IA et conseiller sans que le client le perçoive.

La règle prudente est simple : informer explicitement, à chaque nouvelle conversation.

Exemples de formulations pour le chat et la voix

Les lignes directrices finales de la Commission, publiées le 20 juillet 2026, précisent que les agents d'IA de service client ou de vente doivent indiquer qu'ils sont une IA et pour le compte de qui ils agissent, dès le contact. Les textes ci-dessous sont des exemples à adapter, pas des modèles officiels.

Chat, premier message : « Bonjour, je suis l'assistant virtuel de [Marque], un programme d'intelligence artificielle. Je peux répondre à vos questions sur votre contrat. Tapez « conseiller » à tout moment pour parler à une personne. »

Serveur vocal interactif, message d'accueil : « Bienvenue chez [Marque]. Vous échangez avec un assistant vocal automatisé, fonctionnant par intelligence artificielle. Pour être mis en relation avec un conseiller, dites « conseiller » ou tapez zéro. »

Voicebot en appel sortant, première phrase : « Bonjour, ici l'assistant vocal automatisé de [Marque]. Je suis une intelligence artificielle et je vous appelle au sujet de votre rendez-vous du [date]. »

Bascule vers l'humain : « Je vous transfère à un conseiller de [Marque]. » Puis, côté conseiller : « Bonjour, [prénom], conseiller chez [Marque], je reprends votre demande. »

Quelques règles de rédaction :

  1. Placer l'information avant toute question au client, pas après.
  2. Employer les mots « intelligence artificielle » ou « automatisé », pas seulement « assistant ».
  3. Nommer la marque pour laquelle l'agent agit, pas le nom du prestataire marocain si le client ne le connaît pas.
  4. Proposer une sortie vers un humain, ce qui sert aussi l'expérience client.
  5. Rédiger le message dans la langue de la conversation et le rendre accessible (texte lisible par les lecteurs d'écran, débit vocal lent, pas de musique couvrant la voix).

Un voicebot sortant utilisé pour prospecter des consommateurs en France doit en outre respecter les règles françaises sur le démarchage téléphonique (loi n° 2025-594), qui exigent un consentement préalable depuis le 11 août 2026.

Voix de synthèse et contenus générés

Si le voicebot produit une voix de synthèse ou si le centre génère des messages audio, l'article 50(2) impose au fournisseur du modèle génératif un marquage lisible par machine. Un code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés a été finalisé le 10 juin 2026 et reconnu par la Commission et le Comité IA comme un outil volontaire adéquat en juillet 2026. Le centre doit demander à son éditeur comment ce marquage est assuré.

Une voix qui imite une personne réelle (un dirigeant, un porte-parole) relève en plus du régime des hypertrucages de l'article 50(4) : elle doit être signalée comme artificielle.

L'analyse des émotions du client à partir de sa voix déclenche quant à elle l'information de l'article 50(3) ; voir notre guide sur l'analyse des émotions en centre d'appels.

Ce qu'il faut pouvoir prouver

En cas de contrôle ou d'audit d'un donneur d'ordre, l'affirmation « nous informons les clients » ne suffit pas. Le dossier de preuve d'un centre comprend :

  • la version datée de chaque script d'accueil (chat, SVI, sortant) et son historique de modifications ;
  • des captures d'écran et des enregistrements de test montrant l'information au premier échange ;
  • les journaux de conversation prouvant que le message est déclenché à chaque session ;
  • la répartition contractuelle des responsabilités avec l'éditeur et le client ;
  • une revue périodique, au moins à chaque mise à jour du bot.

Ces éléments alimentent aussi la réponse aux questionnaires de conformité des clients européens, qui interrogent de plus en plus souvent la transparence de l'IA.

Ce que coûte un manquement

Un manquement à l'article 50 relève de la tranche d'amende de l'article 99(4) : jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Pour les PME et start-up, c'est le plus bas des deux. Pour un centre marocain, le risque immédiat est surtout contractuel : un donneur d'ordre peut suspendre un dispositif non conforme ou en faire un motif de non-renouvellement.

L'information sur l'IA est aussi un élément de qualité de service : un client qui sait à qui il parle et peut joindre un humain accepte mieux l'automatisation, ce qui rejoint les enjeux de mesure de la qualité en centre de relation client.

Checklist article 50 pour un centre de relation client

  1. Recenser chaque point de contact automatisé : chat web, messagerie, SVI, voicebot entrant et sortant, e-mails générés.
  2. Identifier ceux qui servent des personnes dans l'Union européenne.
  3. Vérifier que chaque point de contact informe dès le premier échange, avec les mots « intelligence artificielle » ou « automatisé ».
  4. Ajouter la marque pour le compte de laquelle l'agent agit.
  5. Prévoir une sortie vers un conseiller humain, testée.
  6. Contrôler l'accessibilité du message (écrit et oral).
  7. Obtenir de l'éditeur l'explication du marquage des contenus synthétiques.
  8. Archiver scripts, tests et journaux, et fixer une revue à chaque mise à jour.
  9. Inscrire ces points dans les contrats avec les clients et les éditeurs.

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Questions fréquentes

Depuis quand un chatbot doit-il dire qu'il est une IA ?

Depuis le 2 août 2026, date d'application de l'article 50 de l'AI Act. Le règlement (UE) 2026/1744, qui a reporté les règles sur le haut risque, n'a pas décalé cette obligation de transparence.

Un centre d'appels marocain est-il concerné par l'article 50 ?

Oui lorsque son chatbot ou son voicebot échange avec des personnes dans l'Union européenne, car l'AI Act s'applique aux fournisseurs et déployeurs de pays tiers dont les résultats sont utilisés dans l'Union. Le centre doit alors vérifier que l'information est bien donnée dès le premier contact.

Suffit-il d'indiquer « assistant virtuel » dans le nom du bot ?

Pas nécessairement. La Commission interprète restrictivement l'exception du caractère « évident ». Une mention explicite indiquant qu'il s'agit d'une intelligence artificielle, donnée au premier échange, est plus sûre qu'un simple nom ou un avatar.

Faut-il aussi dire pour quelle entreprise agit le voicebot ?

Les lignes directrices finales de la Commission sur l'article 50, publiées le 20 juillet 2026, indiquent que les agents d'IA utilisés en service client ou en vente doivent signaler qu'ils sont une IA et pour le compte de qui ils agissent, au moment du contact.

Quelle sanction en cas d'absence d'information ?

Un manquement à l'article 50 peut être sanctionné d'une amende pouvant atteindre 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Pour les PME et start-up, c'est le montant le plus bas qui s'applique.

Information générale, pas un avis juridique.

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Références (6)