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Pourquoi la preuve est devenue le sujet central
Avec la réforme du démarchage téléphonique, entrée en application le 11 août 2026, la question n'est plus « ce numéro est-il inscrit sur une liste d'opposition ? » mais « pouvons-nous démontrer que cette personne a accepté d'être appelée ? ». La charge de la preuve pèse sur le professionnel, et la loi vise aussi les appels passés par un tiers agissant pour son compte. Le cadre général est présenté dans notre guide sur la loi française sur le démarchage et ses effets au Maroc.
Pour un centre marocain, la conséquence est opérationnelle : chaque campagne doit s'appuyer sur un registre de preuves vérifiable, et chaque appel doit pouvoir être relié à une entrée de ce registre.
Ce qu'un consentement valable doit contenir
Le code de la consommation et le décret n° 2026-662 posent cinq exigences cumulatives :
- Un acte positif clair : cocher une case vide, cliquer sur un bouton dédié, répondre « oui » à une question explicite. Le silence et les cases précochées sont exclus.
- Libre : le consentement ne peut pas conditionner l'achat d'un produit ou d'un service.
- Spécifique et éclairé : il désigne le professionnel qui appellera et l'objet du démarchage.
- Récent : il est valable un an au maximum.
- Révocable : la personne peut le retirer à tout moment, et le retrait doit être pris en compte.
Le registre de preuve : les champs minimum
| Champ | Pourquoi | Exemple |
|---|---|---|
| Identifiant de la personne et numéro de téléphone | Relier la preuve à l'appel | Numéro normalisé au format international |
| Professionnel désigné | Exigence du décret | Nom commercial de la marque, pas « nos partenaires » |
| Objet du démarchage | Exigence du décret | « Offres d'assurance habitation » |
| Date et heure du consentement | Calculer la validité d'un an | Horodatage serveur, fuseau précisé |
| Canal et support | Démontrer l'acte positif | Formulaire web, appel entrant enregistré, point de vente |
| Texte exact présenté | Montrer que le consentement était éclairé | Version du formulaire ou du script, avec son numéro |
| Trace technique de l'acte | Prouver qu'il émane de la personne | Capture de la case cochée, adresse IP, enregistrement de l'accord oral |
| Source du fichier | Remonter la chaîne en cas de contestation | Site de la marque, partenaire nommé, événement |
| Date de retrait éventuel | Cesser les appels | Horodatage du retrait et canal |
| Date d'expiration calculée | Bloquer automatiquement les appels | Date du consentement plus un an |
Ces données sont elles-mêmes des données personnelles : leur accès doit être limité et leur conservation encadrée. Elles doivent être gardées au moins trois ans, durée qu'il faut articuler avec les règles de protection des données applicables.
Les sources de consentement et leurs risques
| Source | Niveau de risque | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Formulaire sur le site de la marque, case dédiée non cochée | Faible | Conserver la version du formulaire et la trace de la case cochée |
| Appel entrant où le client accepte d'être rappelé pour d'autres offres | Faible à moyen | Question explicite, réponse enregistrée, marque et objet énoncés |
| Fichier acheté à un fournisseur de leads | Élevé | Le consentement nomme-t-il la marque ? Le fournisseur fournit-il la preuve individuelle ? |
| Co-registration avec liste de « partenaires » | Élevé | Une liste générique permet difficilement de satisfaire l'exigence de désignation du professionnel |
| Consentement recueilli il y a plus d'un an | Inexploitable | Bloquer l'appel ; un appel destiné à solliciter un nouveau consentement constituerait lui-même, selon toute vraisemblance, un démarchage sans consentement |
Une question à poser à chaque fournisseur de fichiers : « Pouvez-vous me transmettre, pour un numéro tiré au hasard, la preuve complète du consentement dans les 48 heures ? » Un fournisseur qui ne le peut pas fait porter le risque au centre et à son donneur d'ordre.
Recueillir un consentement lors d'un appel entrant
L'appel entrant est une source légitime, à condition d'être explicite. Exemple de formulation à adapter :
« Accepteriez-vous que [Marque] vous rappelle pour vous présenter ses offres d'assurance habitation ? Votre accord est valable un an et vous pouvez le retirer à tout moment en nous le disant ou en écrivant à [adresse]. »
Le conseiller enregistre la réponse dans le CRM, l'enregistrement de l'appel sert de trace, et la date d'expiration est calculée automatiquement. La question doit être posée après le traitement de la demande du client, jamais comme condition de celui-ci.
Avant chaque appel : les contrôles à automatiser
- Vérifier qu'une preuve de consentement existe pour ce numéro et cette marque.
- Vérifier que l'objet de la campagne correspond à l'objet consenti.
- Vérifier que le consentement a moins d'un an et n'a pas été retiré.
- Vérifier, à défaut de consentement, si l'appel relève d'une exception (contrat en cours, abonnement de presse) ou d'un rappel demandé il y a moins de cinq jours ouvrés.
- Vérifier que le secteur n'est pas interdit de démarchage, même avec consentement.
- Vérifier les plages horaires françaises et le plafond de quatre appels sur 30 jours.
- Journaliser le contrôle, son résultat et l'identifiant de la preuve utilisée.
Ces contrôles relèvent de la protection des données dès la conception : ils doivent être intégrés à l'outil de numérotation, pas laissés à l'appréciation du conseiller.
Quand le consommateur demande la preuve
Le décret prévoit que la preuve soit mise à disposition du consommateur. Le centre et son donneur d'ordre doivent donc définir à l'avance qui répond, dans quel délai et sous quelle forme : extrait du registre indiquant la date, le canal, la marque, l'objet et le texte présenté. Une réponse rapide et claire désamorce souvent la réclamation ; une absence de réponse l'alimente. C'est aussi un indicateur utile de qualité de la relation client.
Côté Maroc : la prospection vers des consommateurs marocains
Pour les campagnes visant des personnes au Maroc, la loi 09-08 s'applique. Selon la fiche de la CNDP sur la prospection, l'article 10 exige le consentement préalable pour la prospection par automate d'appel, télécopieur ou courrier électronique, avec une exception pour des produits ou services analogues à ceux d'une vente antérieure. Chaque message doit offrir un moyen gratuit et simple de s'opposer. Conserver la preuve du consentement reste la meilleure réponse en cas de contrôle de la CNDP.
Checklist de mise en place
- Définir le modèle du registre avec les champs ci-dessus.
- Auditer les fichiers actifs et écarter ceux sans preuve conforme.
- Faire signer aux fournisseurs de fichiers un engagement de preuve individuelle, avec audit.
- Réécrire les formulaires et scripts de recueil : marque, objet, durée, retrait.
- Brancher les contrôles automatiques sur l'outil de numérotation.
- Fixer la durée d'archivage à trois ans au moins et sécuriser l'accès.
- Prévoir la procédure de réponse aux demandes de preuve.
- Documenter l'ensemble pour les audits des donneurs d'ordre.
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Questions fréquentes
Qui doit prouver que le consommateur a consenti au démarchage ?
Le professionnel. Depuis le 11 août 2026, la charge de la preuve du consentement pèse sur lui. Lorsqu'un centre d'appels appelle pour le compte d'une marque, la marque reste responsable et exige en pratique que le centre puisse produire la preuve pour chaque numéro appelé.
Combien de temps faut-il conserver la preuve du consentement ?
Au moins trois ans selon le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026, et elle doit pouvoir être mise à disposition du consommateur. Le consentement lui-même n'est valable qu'un an au maximum.
Un consentement donné à des « partenaires » est-il valable ?
C'est risqué. Le décret exige que le consentement désigne le professionnel et l'objet du démarchage. Une formule générique visant des partenaires non nommés permet difficilement de démontrer que la personne a accepté d'être appelée par la marque concernée.
Une case précochée sur un formulaire suffit-elle ?
Non. Le consentement doit résulter d'un acte positif clair ; le silence et les cases précochées ne valent pas consentement. La preuve doit donc montrer que la personne a elle-même coché ou validé l'option.
Faut-il un consentement pour rappeler un client qui l'a demandé ?
Un rappel effectué dans les cinq jours ouvrés suivant la demande du consommateur n'est pas du démarchage selon le décret de 2026. Il faut toutefois conserver l'horodatage de la demande pour pouvoir le démontrer.
Information générale, pas un avis juridique.
Signaler une erreurRéférences (5)
- DGCCRF, le démarchage téléphonique désormais interdit si vous n'y avez pas consenti. (nouvel onglet)
- Décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 relatif au démarchage téléphonique (Journal officiel de la République française).
- Actu-Juridique, réforme du démarchage téléphonique : mise en pratique depuis le 11 août 2026. (nouvel onglet)
- CMS, interdiction prochaine du démarchage téléphonique sans consentement préalable du consommateur. (nouvel onglet)
- CNDP, fiche pratique sur la prospection commerciale, 2025. (nouvel onglet)
